
Tabacologie : 6 questions, un souffle dans un analyseur et des rendez-vous chaque semaine
Chez un tabacologue, la séance suit un guide publié par la HAS en 2014 : le test de Fagerström, la mesure du CO dans votre souffle, un entretien sans sermon, puis un suivi sur plusieurs mois.
Un guide de bonne pratique publié en octobre 2014 par la Haute Autorité de santé (HAS) décrit pas à pas ce qui se passe quand une personne demande de l'aide pour arrêter de fumer. Écrit pour les professionnels de santé, il se lit pourtant comme le programme de ce qui vous attend chez un tabacologue : quelques questions précises, un petit appareil dans lequel on souffle, une conversation, puis des rendez-vous rapprochés.
La démarche n'a rien de marginal. En 2024, 17,4 % des 18-79 ans fument chaque jour, et 55 % d'entre eux disent avoir envie d'arrêter, selon le Baromètre de Santé publique France publié en 2025. La HAS a engagé en juin 2023 une mise à jour de son texte ; celui de 2014 sert ici de base pour décrire la séance sans rien inventer, et pour repérer ce qu'il laisse ouvert.
Ce que dit le document
La recommandation HAS d'octobre 2014 organise l'aide à l'arrêt du tabac en rendez-vous dédiés, avec des outils simples et un suivi qui s'étale sur plusieurs mois.
- Un questionnaire de 2 ou 6 questions, le test de Fagerström, situe votre dépendance à la nicotine.
- La mesure du monoxyde de carbone dans l'air soufflé n'est proposée qu'avec votre accord.
- L'entretien cherche vos propres raisons d'arrêter, sans confrontation.
- Rythme conseillé : un rendez-vous par semaine au début, puis un par mois pendant 3 à 6 mois.
- Patchs et gommes sont remboursés à 65 % depuis le 1er janvier 2019 quand un professionnel de santé les a prescrits.
Cadre : l'accompagnement à l'arrêt du tabac ne remplace pas un avis médical, et votre médecin reste votre interlocuteur pour toute question de santé.
Six questions pour situer votre dépendance à la nicotine
Le premier rendez-vous commence rarement par un sermon sur les méfaits du tabac. Il commence par votre journée de fumeur : combien de cigarettes, depuis quel âge, quelles tentatives d'arrêt, et surtout à quel moment tombe la première cigarette après le réveil. Cette dernière question pèse lourd, car la cigarette allumée avant même le café dit beaucoup du besoin de nicotine accumulé pendant la nuit.
La recommandation propose pour cela le test de Fagerström, dans la version publiée en 1991 et reprise en 2012. Sa version courte tient en deux questions (le nombre de cigarettes par jour et le délai avant la première), notée de 0 à 6. La version longue en ajoute quatre : trouvez-vous difficile de ne pas fumer là où c'est interdit, comme au cinéma ? À quelle cigarette renonceriez-vous le plus difficilement ? Fumez-vous davantage le matin ? Fumez-vous même cloué au lit par la fièvre ?
Le total va de 0 à 10. Entre 0 et 2, les auteurs du test parlent d'absence de dépendance ; entre 7 et 10, de dépendance forte ou très forte. Ce chiffre n'est ni une note ni un verdict. Il sert à ajuster la suite : une personne qui fume sa première cigarette dans les cinq minutes après le réveil n'a pas les mêmes besoins que celle qui attend la pause de midi.
Le document prévoit aussi, si besoin, un court questionnaire sur l'anxiété et le moral (l'échelle HAD), parce qu'un arrêt se vit plus difficilement quand l'anxiété est déjà là. Une fois ces repères posés, il reste un geste que beaucoup découvrent sur place.
Souffler dans l'analyseur : ce que dit le chiffre en ppm
L'appareil tient dans la main. Vous inspirez, retenez votre souffle quelques secondes, puis soufflez lentement dans un embout en carton à usage unique. L'écran affiche un nombre en ppm (parties par million) : la quantité de monoxyde de carbone (CO), ce gaz produit par la combustion du tabac, qui se retrouve dans l'air que vous expirez.
L'argumentaire scientifique de la HAS donne les repères : chez une personne qui ne fume pas, la valeur reste sous 6 ppm ; chez une personne qui inhale la fumée, elle dépasse 10 ppm et tourne souvent autour de 20 à 30. Le chiffre reflète les heures qui précèdent, pas les années de tabac. Il peut être gonflé par une rue embouteillée, une cuisine au gaz ou la fumée des autres.
Point important, écrit noir sur blanc : la mesure se fait avec votre accord, pour soutenir votre motivation et dans le respect de la relation de confiance. Refaite quelques jours après la dernière cigarette, elle rend visible un changement que le corps ne signale pas, puisque le chiffre ne reflète que les heures précédentes. Reste alors l'essentiel du rendez-vous, qui n'est pas technique du tout.
L'entretien : parler de vos raisons, pas de vos poumons
La HAS recommande de conduire l'échange selon l'entretien motivationnel, une manière de parler qui part d'un constat simple : on ne change durablement que pour des raisons qui viennent de soi. Le professionnel ne cherche donc ni à vous faire peur ni à vous convaincre. Il vous aide à mettre des mots sur votre ambivalence, ce tiraillement très ordinaire entre « j'aimerais arrêter » et « cette cigarette du soir, je n'ai pas envie de la perdre ».
Concrètement, on vous demande ce que la cigarette vous apporte, ce qui vous pèse, ce qui a coincé lors des tentatives précédentes, et à combien vous situez votre envie d'arrêter sur une échelle. Le document distingue plusieurs situations : vous êtes décidé, vous hésitez, ou vous n'êtes pas prêt. Dans ce dernier cas, la porte reste ouverte, et commencer par réduire est une option envisagée pour qui hésite.
Patchs et gommes : une décision prise à deux
Les substituts nicotiniques apportent de la nicotine sans la fumée, pour atténuer le manque le temps que les habitudes se défassent. La recommandation les place en première intention, au plus haut niveau de preuve de son échelle, et insiste sur une dose suffisante et une durée assez longue. Le choix se fait avec vous : un patch qui diffuse sur la journée, une gomme ou une pastille pour les envies soudaines, souvent les deux.
Depuis le 1er janvier 2019, la plupart sont remboursés à 65 % par l'Assurance maladie, à condition d'avoir été prescrits. Depuis la loi du 26 janvier 2016, peuvent le faire les médecins, y compris du travail, les sages-femmes, les infirmiers, les chirurgiens-dentistes et les masseurs-kinésithérapeutes. Un tabacologue qui n'appartient à aucune de ces professions peut vous conseiller, mais pas vous les faire rembourser.
Si vous cherchez quelqu'un pour mener ces premiers rendez-vous, les profils de tabacologues publiés sur la plateforme indiquent des diplômes vérifiés avant mise en ligne, ce qui permet de savoir à qui l'on s'adresse. Voir les tabacologues vérifiés. Une fois la date d'arrêt fixée, la vraie question devient le rythme.
Chaque semaine, puis chaque mois : le rythme des rendez-vous
Le texte fixe un rythme : un rendez-vous chaque semaine au départ, puis un par mois sur les trois à six mois qui suivent. Les premières semaines sont celles où le manque se fait le plus sentir, et la HAS demande d'en prévenir la personne à l'avance plutôt que de la laisser découvrir ces signes seule : irritabilité, sommeil plus agité, difficulté à se concentrer en réunion, appétit qui grimpe à l'heure de la pause.
À chaque rendez-vous, on refait le point sur les envies, sur la dose de substituts si elle ne suffit pas, et parfois sur le poids, que le document conseille de surveiller. Il invite à inscrire l'arrêt dans un projet plus large de bien-être, avec des repères d'alimentation et d'activité physique, plutôt que de le vivre comme une privation isolée. Il demande aussi d'être attentif à une hausse de l'alcool ou du cannabis, qui prend parfois la place laissée libre.
Si une cigarette revient
Une cigarette fumée à un mariage n'efface pas les semaines gagnées. La recommandation considère la reprise comme une étape à analyser, pas comme un échec : ce qui s'est passé, dans quelle situation, et comment l'anticiper la prochaine fois. Elle demande au professionnel de signaler sa disponibilité, pendant l'arrêt comme bien après. Et entre deux rendez-vous au cabinet, le suivi ne s'interrompt pas forcément.
Le suivi à distance : le 39 89 et ses rendez-vous par téléphone
La HAS prévoit des contacts téléphoniques entre les rendez-vous des premières semaines, et cite le soutien par téléphone parmi les aides recommandées. En France, il existe un dispositif public pour cela : le 39 89, la ligne de Tabac info service, service gratuit ouvert du lundi au samedi de 8 h à 20 h.
Un conseiller répond d'abord à vos premières questions, puis peut vous mettre en relation avec un tabacologue. Selon Tabac info service, c'est ensuite toujours le même tabacologue qui vous suit : vous fixez ensemble des rendez-vous téléphoniques réguliers, et c'est lui qui rappelle à l'heure choisie. La ligne est accessible aux personnes sourdes ou malentendantes par la plateforme Acceo, avec interprète en langue des signes.
Pour qui vit loin d'une consultation, travaille en horaires décalés ou préfère parler sans se déplacer, c'est une porte d'entrée réelle, qui se combine très bien avec un accompagnement en face à face. Reste ce que le document, lui, ne dit pas.
Ce que la recommandation ne tranche pas, et qu'il vous reste à demander
Le texte de 2014 décrit le contenu de l'accompagnement, pas qui a le droit de s'appeler tabacologue. Le titre n'est pas protégé. La formation de référence est un diplôme interuniversitaire (DIU) « Tabacologie et aide au sevrage tabagique », ouvert aux professionnels de santé : à l'université d'Angers, il compte 100 heures, dont 30 de stage. Première question à poser, donc : quelle formation, et quelle profession de santé derrière ?
Le document ne fixe pas non plus la durée d'une séance : il note seulement que des séances longues sont préférables et que, faute de temps, plusieurs rendez-vous d'une vingtaine de minutes peuvent convenir. Il ne fixe pas davantage de prix. Selon Tabac info service, les consultations à l'hôpital sont en général prises en charge par l'Assurance maladie et la mutuelle, et dans le privé, c'est variable : demandez le tarif et le nombre de rendez-vous envisagés avant de commencer.
Enfin, sur l'hypnose ou l'acupuncture, la HAS écrit que leur bénéfice pour arrêter de fumer n'est pas établi, mais qu'elles n'ont pas montré de risque majeur et qu'il n'y a pas lieu de dissuader qui souhaite y recourir en plus. Demandez simplement à votre tabacologue comment il articule son suivi avec l'approche que vous envisagez, comme l'hypnothérapie ou l'auriculothérapie, et gardez votre médecin informé.
Préparer votre premier rendez-vous de tabacologie
Vous savez maintenant ce que contient la séance : le test de Fagerström, le souffle dans l'analyseur, l'entretien, puis des rendez-vous chaque semaine. Sur Thérapeutes Vérifiés, les diplômes des tabacologues sont contrôlés avant publication, les avis viennent de personnes réellement accompagnées, et chacune est recontactée à J+0, J+15, J+30 et J+90 : de quoi choisir en sachant comment d'autres ont vécu les mois qui suivent l'arrêt.
Arrêter de fumer se joue rarement en un rendez-vous. Ce qui compte, c'est d'arriver au premier en sachant ce qu'on va vous demander, et de repartir avec une date, un rythme et quelqu'un à rappeler. L'arrêt s'accompagne souvent d'une attention nouvelle à l'assiette : les repères nutritionnels peuvent aider à traverser les semaines où l'appétit se réveille.
Trouver un praticien vérifié
Tabacologies dans les plus grandes villes
À lire aussi
- Enzymes digestives : que peut-on légalement écrire sur la boîte ?
- Micronutrition : ce qui se joue dans les milligrammes de votre assiette
- Nutrition : d'où viennent les repères de votre assiette, et ce qu'un accompagnement change
Prêt à consulter un praticien vérifié ?
Diplômes vérifiés, avis de vrais clients, suivi d'efficacité.
Créer mon compte