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Acupuncteur : qui peut poser les aiguilles en France, et ce qui se passe pendant la séanceAcupuncture et thérapies méridiennes

Acupuncteur : qui peut poser les aiguilles en France, et ce qui se passe pendant la séance

12 min de lecture

Poser une aiguille d'acupuncture est un acte médical en France : quatre professions seulement y sont autorisées. L'histoire de la pratique, le déroulé d'une séance et ce que vous pouvez vérifier.

Il est 18 h 30, vous êtes allongé sur le ventre, une dizaine de tiges métalliques fines comme un fil dépassent de votre dos, et la personne derrière vous n'a pas dit un mot depuis deux minutes. Vous ne sentez presque rien : une lourdeur tiède là où l'aiguille est entrée, le silence de la pièce. C'est à cet instant précis qu'arrive la question : qu'est-ce que cette personne sait, exactement, de ce qu'elle est en train de faire ?

Elle est plus légitime qu'il n'y paraît, parce que la réponse française est nette. Poser une aiguille d'acupuncture n'est pas ouvert à tout le monde chez nous : les tribunaux y voient un acte médical, et la Cour de cassation l'a rappelé en août 2025. Voici d'où vient cette pratique, qui a le droit de l'exercer, ce qui remplit l'heure passée sur la table, et ce que vous pouvez vérifier avant de pousser la porte d'un cabinet.

L'essentiel

L'acupuncture consiste à stimuler des points précis du corps avec de très fines aiguilles. En France, ce geste relève de l'acte médical : quatre professions seulement peuvent le pratiquer, après une formation universitaire dédiée.

  • Une séance dure 45 minutes à une heure : un long échange, l'examen du pouls et de la langue, puis 20 à 30 minutes pendant lesquelles les aiguilles restent en place.
  • Quatre professions peuvent poser l'aiguille, chacune dans son périmètre : médecins, sages-femmes, chirurgiens-dentistes et vétérinaires.
  • Une formation longue : pour un médecin, la capacité de médecine en acupuncture dure deux ans et s'ouvre par un examen probatoire.
  • Un acte remboursable chez un médecin conventionné, dans le parcours de soins — il porte le code QZRB001 à la nomenclature de l'Assurance maladie.
  • À retenir : la démarche ne remplace pas un avis médical, et les aiguilles doivent sortir d'un emballage stérile ouvert devant vous.

Deux consuls français, soixante-dix ans d'écart

Le mot lui-même est européen. Il a été forgé en latin — acupunctura, « piquer avec une aiguille » — par Willem ten Rhijne, médecin néerlandais au service de la Compagnie des Indes, dans un ouvrage publié à Londres en 1683. Le trajet de l'information vaut le détour : rédigée en chinois, traduite en japonais, puis en néerlandais, avant d'être couchée en latin. Quatre langues pour une première description occidentale.

En France, la porte d'entrée a été diplomatique avant d'être médicale. En 1863, Claude-Philibert Dabry de Thiersant, consul de France en Chine, publie La médecine chez les Chinois, construit à partir de dix textes chinois dont le Huangdi Neijing. Un chapitre entier y est consacré aux aiguilles, planches gravées à l'appui.

Planche gravée de 1863 montrant les points d'acupuncture numérotés sur un corps humain de face et sur un visage
Planche des points, publiée en 1863 dans La médecine chez les Chinois du consul Dabry de Thiersant. Chaque numéro renvoie à un point décrit dans l'ouvrage.

Il faut pourtant attendre un second consul pour que la pratique s'installe. George Soulié de Morant (1878-1955), en poste en Chine, assiste à une épidémie de choléra en 1902 et voit des praticiens chinois intervenir à l'aiguille. Il apprend auprès d'eux. De retour en France, il se heurte à l'ironie du corps médical jusqu'à sa rencontre avec un médecin thermal en 1927 ; son Précis de la vraie acuponcture chinoise paraît au Mercure de France en 1934, et les hôpitaux parisiens ouvrent leurs premières consultations dans la même décennie. En novembre 2010, l'UNESCO inscrira l'acupuncture et la moxibustion au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

Cette généalogie a une conséquence concrète pour vous : chez nous, l'acupuncture est entrée par la porte des facultés de médecine, pas par celle des écoles privées. Cela détermine qui a aujourd'hui le droit de tenir l'aiguille.

En France, l'aiguille est un acte médical

Aucun texte ne proclame noir sur blanc que l'acupuncture serait réservée à telle ou telle profession. Ce sont les juges qui l'ont établi : la chambre criminelle de la Cour de cassation qualifie le geste d'acte médical depuis un arrêt de février 1987, position confirmée en 2010, en 2016 et en 2017. Piquer relève donc de l'exercice de la médecine, avec ce que cela suppose de connaissance de l'anatomie et des situations où il ne faut surtout pas intervenir. Quatre professions peuvent le faire : les médecins, les sages-femmes, les chirurgiens-dentistes pour la sphère de la bouche, les vétérinaires pour les animaux — et toujours avec un diplôme universitaire supplémentaire.

La capacité de médecine, deux ans après le diplôme

Pour un médecin, la voie de référence est la capacité de médecine en acupuncture, inscrite à l'arrêté du 29 avril 1988 qui fixe la liste des capacités. Elle dure deux ans — quatre semestres — et s'ouvre par un examen probatoire portant sur la culture médicale chinoise et ses fondements historiques et philosophiques. La première année combine 70 heures de principes et 80 heures minimum de pratique hospitalière ; la seconde ajoute 170 heures de clinique et 110 heures de pratique. Le tout après une dizaine d'années d'études.

Les sages-femmes, depuis un décret de 2012

Les sages-femmes ont vu leur champ s'élargir avec le décret n° 2012-881 du 17 juillet 2012, qui a modifié l'article R. 4127-318 du code de la santé publique. La condition est la même : un diplôme d'acupuncture délivré par une université de médecine, déclaré auprès de leur ordre. En pratique, le diplôme interuniversitaire d'acupuncture obstétricale.

Hors de ce cadre, le geste tombe sous l'article L. 4161-1 du code de la santé publique : exercice illégal de la médecine, puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende. Cette exigence a toutefois une contrepartie agréable pour votre porte-monnaie.

L'acupuncture a son code à l'Assurance maladie

C'est le détail que beaucoup ignorent : la séance d'acupuncture figure noir sur blanc à la classification commune des actes médicaux, sous le code QZRB001. Elle est donc remboursable comme un acte à part entière, à deux conditions : un médecin conventionné, et le parcours de soins coordonnés.

Chez un praticien qui n'est pas médecin, la logique s'inverse : l'Assurance maladie ne prend rien en charge. Restent les complémentaires santé et leur garantie « médecines douces », enveloppe annuelle ou forfait par séance selon les contrats.

Reste à savoir ce que vous achetez, exactement, en réservant une heure chez un acupuncteur.

Une heure sur la table : ce qui se passe réellement

Le premier rendez-vous commence rarement par les aiguilles, mais par une conversation, souvent longue, qui déroute quand on s'attendait à retirer sa chemise d'emblée. Votre sommeil, votre digestion, votre sensibilité au froid, l'heure où la fatigue tombe : autant de questions apparemment éloignées de la nuque douloureuse pour laquelle vous êtes venu, mais qui construisent le tableau d'ensemble.

Vient un temps d'observation très codifié. Le praticien prend le pouls aux deux poignets, avec trois doigts et sur trois positions de chaque côté : ce n'est pas la fréquence cardiaque qu'il cherche, mais des qualités — un pouls perçu comme tendu, glissant, profond. Il regarde aussi votre langue, sa couleur et l'enduit qui la recouvre. Cet échange oriente le choix des points.

Gros plan sur une main dans laquelle sont plantées deux aiguilles d'acupuncture très fines
Deux aiguilles posées sur la main. Les points sont repérés à partir de repères anatomiques et d'une unité de mesure proportionnelle au corps de chacun.

Le repérage se fait au doigt, à partir de repères osseux et musculaires. Les distances ne se comptent pas en centimètres mais en unités proportionnelles à votre morphologie : un point situé « à trois travers de doigt » ne tombe pas au même endroit chez vous et chez votre voisin.

Puis l'aiguille. Elle mesure entre 0,25 et 0,35 millimètre de diamètre, environ trois fois moins qu'une aiguille de prise de sang : d'où une insertion le plus souvent indolore. Elle est stérile, à usage unique, et son blister doit être ouvert devant vous. La sensation recherchée n'est pas la piqûre mais ce que la tradition chinoise appelle le deqi : une lourdeur, une chaleur diffuse, parfois un bref fourmillement le long du membre. Les aiguilles restent ensuite en place 20 à 30 minutes, lumière tamisée ; certaines personnes s'endorment. Le retrait ne se sent pratiquement pas.

Si vous souhaitez pousser la porte d'un cabinet, la recherche de praticiens vérifiés permet de filtrer par pratique et par ville, et d'afficher les diplômes contrôlés avant publication.

L'aiguille n'est pourtant qu'un outil parmi plusieurs.

L'armoise, les ventouses et le courant

La moxibustion est le second terme de l'inscription retenue par l'UNESCO en 2010, et presque aussi ancienne que l'aiguille. Elle consiste à faire se consumer de l'armoise séchée — le moxa — près de la peau ou sur la tête d'une aiguille, pour réchauffer le point. L'odeur, végétale et un peu âcre, surprend souvent davantage que la chaleur.

Aiguille d'acupuncture posée au-dessus d'une règle graduée en centimètres, montrant sa finesse
Une aiguille mesurée à la règle : quelques centimètres de long, et un corps plus fin qu'une mine de porte-mine.

S'y ajoutent les ventouses, qui laissent ces cercles rouges devenus familiers depuis que des sportifs de haut niveau les exhibent en compétition, l'électro-acupuncture — un courant de très faible intensité entre deux aiguilles — et l'auriculothérapie, sur les seuls points du pavillon de l'oreille.

Reste la question que tout le monde finit par poser : qu'en disent les travaux de recherche ?

Ce que la recherche dit, et où elle s'arrête

La référence française est un rapport de l'Inserm publié en 2014, commandé par la direction générale de la santé et coordonné par une unité dirigée par le professeur Bruno Falissard : deux cent douze pages de revue de la littérature internationale. Ses conclusions sont nuancées, et c'est ce qui les rend utiles. Deux domaines ressortent avec des données jugées cohérentes : les douleurs persistantes, ainsi que les nausées et vomissements, pour lesquels l'acupuncture fait mieux que l'absence d'intervention. Ailleurs, les données ne permettent pas de trancher. Le rapport pose une limite honnête : impossible de dire si le résultat tient à la précision du geste ou à d'autres facteurs de la rencontre. Côté sécurité, le constat rassure — les effets indésirables graves paraissent extrêmement limités dans un cadre occidental bien encadré.

Une séance ne remplace donc jamais un avis médical, ni un suivi médical en cours. Un acupuncteur qui exerce dans les règles vous renverra vers votre médecin quand la situation le demande.

Avertissement - décisions de justice et vigilance : l'exercice de l'acupuncture par des personnes qui ne sont ni médecins, ni sages-femmes, ni chirurgiens-dentistes donne lieu à des poursuites régulières. En mars 2025, le tribunal correctionnel du Havre a condamné un praticien à 10 000 euros d'amende et à l'interdiction de pratiquer l'acupuncture, pour des séances données entre 2016 et 2023 ; la procédure faisait suite à un signalement de l'agence régionale de santé. En août 2025, la Cour de cassation a par ailleurs refusé de transmettre au Conseil constitutionnel une question contestant cette réservation aux professions médicales, estimant que la restriction n'était pas disproportionnée au regard de l'objectif de protection de la santé publique. Aucun titre inscrit au répertoire national des certifications professionnelles ne permet aujourd'hui de pratiquer l'acupuncture en dehors des professions de santé : les certificats délivrés par des écoles privées, quelle que soit leur durée, n'ouvrent pas ce droit. Un praticien sérieux vous indiquera spontanément son diplôme universitaire et son inscription à un ordre professionnel.

Choisir son praticien : deux questions règlent presque tout

La première tient en une phrase : quel diplôme, délivré par quelle université ? La réponse attendue est courte — capacité de médecine en acupuncture, ou diplôme interuniversitaire d'acupuncture obstétricale pour une sage-femme. Un professionnel de santé formé n'a aucune raison d'esquiver ; son inscription à l'ordre se vérifie en ligne, gratuitement.

La seconde se règle par l'observation : d'où sortent les aiguilles ? Elles doivent être extraites d'un emballage individuel scellé, ouvert devant vous, et jetées aussitôt dans un collecteur rigide. Aucune aiguille ne se réutilise, jamais. Un praticien qui manipule des aiguilles déjà déballées à votre arrivée est un praticien chez qui il ne faut pas rester.

Le reste relève du bon sens : on vous interroge sur vos antécédents et vos éventuels troubles de la coagulation, et on ne vous promet aucun résultat — personne ne peut garantir ce que produira une séance, et l'affirmer devrait vous alerter.

Trouver un praticien près de chez vous

Sur Thérapeutes Vérifiés, les diplômes sont contrôlés avant la mise en ligne d'une fiche, les avis proviennent de personnes réellement reçues en cabinet, et chacune est recontactée à J+15, J+30 puis J+90 pour dire ce que l'accompagnement lui a apporté dans la durée. C'est cette mesure dans le temps, plus qu'une note isolée, qui éclaire un choix.

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Vous avez désormais de quoi poser les bonnes questions au téléphone, avant même de réserver. Une pratique arrivée chez nous dans les bagages de deux consuls reste avant tout une rencontre entre deux personnes dans une pièce calme — et vous avez le droit de savoir qui vous accueille.

Si la logique des points d'appui sur le corps vous intrigue, le travail du réflexologue sur les zones du pied repose sur une cartographie voisine, dans un cadre professionnel très différent. Sur le droit d'exercer, l'article consacré au magnétiseur et à ce que la loi surveille montre où passe la frontière. Et si c'est la dimension de l'énergie qui vous attire, le reiki et ses trois degrés se pratique, lui, entièrement habillé et sans aucun instrument.

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