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1974-2023 : le style Miriam Lee, dix aiguilles des coudes aux chevillesAcupuncture et thérapies méridiennes

1974-2023 : le style Miriam Lee, dix aiguilles des coudes aux chevilles

12 min de lecture

En 1869, un manuscrit chinois dessinait déjà quatre des cinq points que l'on attribue à une praticienne californienne. D'où vient ce style à dix aiguilles, et ce qu'on peut en vérifier.

En 1869, un manuscrit chinois consacré aux aiguilles et aux cônes d'armoise fut achevé, illustré de 84 planches peintes en couleurs. Sur quatre d'entre elles, un personnage désigne un point précis de son corps : le creux entre le pouce et l'index, le bord du poignet, le pli du coude, le dessous du genou. Un peu plus d'un siècle plus tard, ces quatre points, augmentés d'un cinquième au-dessus de la cheville, allaient prendre le nom d'une praticienne installée en Californie.

« Style Miriam Lee » : la mention apparaît parfois sur la page d'un acupuncteur, sans autre explication. Elle désigne d'abord une combinaison très courte, dix aiguilles posées entre les coudes et les chevilles, que l'on reçoit sans se déshabiller. Voici d'où elle vient, ce que son récit fondateur permet de vérifier et ce qu'il ne permet pas, comment se passe une séance dans ce style, et où elle en est aujourd'hui.

Les dates qui comptent

Cinq points de la carte classique, piqués à droite et à gauche : la combinaison porte le nom d'une praticienne, pas celui d'une école. Son histoire tient en quelques dates, dont une partie ne repose que sur le témoignage de ses élèves.

1869 — un manuscrit chinois dessine quatre des cinq points ; l'aiguille n'y reste que trois à sept respirations.

1974 — arrestation de la praticienne à Palo Alto, selon le récit de ceux qui l'ont connue.

1976 — la Californie devient le huitième État américain à délivrer une licence d'acupuncteur.

1992 — parution du livre qui expose la combinaison des dix aiguilles.

2023 — une école américaine la fait appliquer seule à ses stagiaires pendant leur premier mois de clinique.

Cadre : en France, poser une aiguille d'acupuncture est un acte médical ; ce parcours historique ne remplace pas un avis médical.

1869 : l'aiguille restait le temps de quelques respirations

Rien, dans cette combinaison, n'a été inventé en Amérique. Les cinq points appartiennent à la carte classique de l'acupuncture, où chacun porte un numéro le long de son trajet, comme une maison dans une rue : 4 et 11 du gros intestin, 7 du poumon, 36 de l'estomac, 6 de la rate.

Le manuscrit de 1869, jamais imprimé, est conservé à Londres par la Wellcome Collection. Ses personnages restent vêtus ; celui du point 36 dégage simplement sa jambe sous le genou.

Quatre planches chinoises peintes de 1869, chaque personnage vêtu désignant un point sur la main, le poignet, le coude ou sous le genou
Quatre des cinq points de la combinaison, dans un manuscrit chinois achevé en 1869 : creux entre pouce et index, poignet, pli du coude, dessous du genou. Wellcome Collection, CC BY 4.0.

Le texte calligraphié à côté de chaque figure réserve une surprise. Il fixe la profondeur, de deux à sept fen, une unité d'environ trois millimètres, et la durée de pose, comptée en respirations : trois pour le poignet, six pour la main, sept pour le coude et pour le genou (留七呼, « garder sept souffles »). Quelques secondes, là où les séances actuelles laissent les aiguilles des minutes entières.

Ce qui appartient en propre à la praticienne, c'est la façon de les assembler pour recevoir beaucoup de monde. Encore faut-il comprendre comment une ouvrière d'usine en est venue à piquer à la chaîne, et pourquoi la police s'en est mêlée.

Palo Alto, 1974 : un récit fondateur que seuls ses proches racontent

Le récit vient toujours des mêmes voix : l'hommage d'une de ses élèves, paru en septembre 2009 dans une revue professionnelle américaine, puis un article de 2014 dans une revue chinoise de médecine intégrative, bâti sur ces témoignages. Selon eux, elle naît en Chine en 1926, s'y forme comme sage-femme, vit ensuite à Singapour et gagne la Californie en 1966 ou en 1969 — les sources divergent. Sans licence, elle travaille à la chaîne dans l'électronique et reçoit chez elle.

Toujours d'après ces témoins, elle est arrêtée le 16 avril 1974 dans son cabinet de Palo Alto, au lendemain d'un veto du gouverneur à un texte qui aurait légalisé le geste. Les personnes qu'elle accompagnait remplissent la salle d'audience, et un compromis fait bientôt de l'acupuncture une « procédure expérimentale ». Aucune source indépendante — archive de presse ou pièce de procédure — n'a pu être consultée pour le confirmer.

Ce qui se vérifie, ce sont les textes, dont l'autorité californienne des licences publie la chronologie. En 1972, le geste n'est permis que dans des recherches menées en faculté, sous la supervision d'un médecin. En 1975, une loi l'ouvre à condition d'être orienté par un médecin, un chiropracteur ou un dentiste. En 1976, la Californie devient le huitième État à délivrer une licence d'acupuncteur ; en 1978, l'orientation préalable disparaît.

Titulaire d'une licence dès 1976, la praticienne continue de recevoir à grande cadence. C'est cette cadence qui a dessiné le style.

1992 : dix aiguilles, et une conviction jamais mise à l'épreuve

Combien de personnes recevait-elle ? Les témoignages parlent de dix à dix-sept par heure, sans qu'aucun registre permette de trancher. À ce rythme, impossible de composer pour chacun un assemblage sur mesure. D'où la combinaison qu'elle expose dans un livre de 140 pages paru en 1992 chez un éditeur de Boulder, dans le Colorado, et enregistré la même année à la Bibliothèque du Congrès : cinq points, piqués à droite et à gauche.

11 GI bout du pli du coude 7 P au-dessus du poignet 4 GI creux pouce-index 36 E sous le genou, côté externe 6 Rt au-dessus de la cheville, côté interne 5 points × 2 côtés = 10 aiguilles, rien sur le tronc ni dans le dos

Leur emplacement dit toute la logique du style : rien sur le ventre, rien dans le dos, seulement là où un vêtement se relève. Celui qui pique passe d'une personne à l'autre, et vous gardez chemise et pantalon.

Le sous-titre du livre va plus loin. Il affirme qu'une seule et même combinaison conviendrait à un grand nombre de troubles. C'est la conviction d'une praticienne, forgée par des années de cabinet, et elle est rapportée ici comme telle. Au 13 septembre 2026, la base de littérature Europe PMC fait remonter trois publications à son nom : aucune ne compare cette série unique à des séances composées au cas par cas.

Si le style vous intrigue, la première question qui se pose est donc très terre à terre : que faudra-t-il retirer, et qu'aurez-vous le droit de garder ?

Avant votre première séance : ce que vous retirez, et ce que vous gardez

Dans les cliniques américaines qui se réclament aujourd'hui de cette praticienne, la consigne tient en une phrase. Le manuel d'une école de l'Oregon, daté d'août 2023, la formule ainsi : ôter chaussures et chaussettes, remonter le pantalon jusqu'aux genoux, puis s'installer dans un fauteuil inclinable. Pour les bras, des manches retroussées suffisent.

Mains d'une praticienne en blouse posant de fines aiguilles sur le devant de la jambe, juste sous le genou
Aiguilles posées juste sous le genou, dans la zone du point 36 de l'estomac. Ici sur une table ; dans le style Miriam Lee, le plus souvent dans un fauteuil, pantalon relevé.

Le même manuel ajoute un détail qui en dit long. Si une personne reste assise bien droite, chaussettes aux pieds, le praticien ne doit pas insister : il remarque la tension et choisit d'autres points, puisque certaines personnes, écrit l'autrice, ne laissent piquer que leurs mains, leur tête ou leurs oreilles. Vous pouvez donc demander qu'on évite une zone sans vous justifier.

En pratique, prévoyez des manches amples qui remontent au-dessus du coude et un bas qui se relève jusqu'au genou ; un jean très ajusté complique tout. En cabinet individuel, la même tenue suffit : c'est la combinaison, pas la salle, qui décide de ce qui se découvre.

Reste ce que l'on éprouve à recevoir ses aiguilles à quelques mètres d'inconnus. Sur ce point précis, des personnes ont été interrogées.

Seul ou à plusieurs dans la salle : ce qu'ils en disent

Entre mars 2015 et août 2017, un essai conduit dans six centres de soins de proximité du Bronx, à New York, a réparti 706 adultes entre des séances individuelles et des séances en petit groupe, dans une même pièce. Quarante-six d'entre eux ont ensuite été interrogés ; l'étude qui rapporte leurs mots a paru en février 2018. Elle ne porte pas sur le style Miriam Lee, mais sur le dispositif collectif qu'il a popularisé.

Avant de commencer, une minorité craignait pour son intimité. La crainte est souvent tombée à l'usage : « ils ne vont pas trop dans le personnel, et on n'a pas à se déshabiller », résume un participant de 66 ans. Pas pour tout le monde : une participante de 71 ans se dit « un peu plus mal à l'aise » quand un homme était présent, parce qu'il lui fallait déboutonner sa chemise. Garder ses vêtements de ville a levé une partie de ces réticences, notent les auteurs, comme le premier entretien mené en privé.

Beaucoup décrivent un relâchement profond — « je vous le dis, je m'endors ». La différence la plus nette tient à la relation. En individuel, certains se sont attachés : « c'était dur de la laisser partir ». En groupe, le lien reste plus distant : « je ne me souviens plus de son nom, mais elle était très gentille ». Selon ce que vous attendez, c'est un manque ou un soulagement.

Encore faut-il, en France, trouver quelqu'un qui ait le droit de poser ces dix aiguilles.

À qui confier dix aiguilles, en France

« Style Miriam Lee » n'est ni un titre, ni une formation reconnue : c'est une étiquette. En France, la question décisive n'est donc pas le style, mais le statut de la personne qui pique. Poser une aiguille d'acupuncture y est réservé aux médecins, aux sages-femmes et aux chirurgiens-dentistes dans leur champ, après un diplôme universitaire spécifique ; notre article sur l'acupuncteur détaille ce cadre. Pratiqué par une personne qui n'en relève pas, le geste pour lequel la praticienne fut arrêtée en 1974, selon ses élèves, constituerait ici un délit.

Avertissement - décisions de justice et vigilance : pour la chambre criminelle de la Cour de cassation, poser des aiguilles d'acupuncture est un acte médical, et elle a refusé le 6 août 2025 de transmettre une question qui contestait cette réservation. En dehors des professions autorisées, le geste relève de l'exercice illégal de la médecine, prévu à l'article L. 4161-1 du code de la santé publique. La règle vaut quel que soit le nom donné à la méthode, « style » compris. Un praticien sérieux vous dit de lui-même de quelle profession il relève, et ouvre l'emballage stérile de ses aiguilles devant vous.

Trois questions suffisent à y voir clair. À quel titre exercez-vous ? Quels points comptez-vous utiliser, et pourquoi ceux-là plutôt que d'autres ? Les aiguilles sortent-elles d'un emballage à usage unique ouvert devant moi ? Une réponse évasive à la première dispense souvent de poser les deux suivantes.

Ces questions, vous pouvez les régler avant même de réserver. Sur Thérapeutes Vérifiés, les diplômes sont contrôlés avant qu'un profil soit publié, et les avis viennent de personnes réellement reçues : consulter les acupuncteurs référencés permet de lire le parcours de chacun avant de prendre rendez-vous.

Reste à savoir ce que devient, un demi-siècle plus tard, une combinaison née d'une contrainte de cadence.

Où en est le style Miriam Lee aujourd'hui

La praticienne meurt en juin 2009. Sa combinaison continue de circuler, mais pas toujours intacte. Le 4 avril 2017, un centre universitaire du Texas publie un protocole d'essai qui annonce cinq points « adaptés » de sa série, avec un renvoi à la page 113 du livre. On y retrouve la main, le coude et le dessous du genou ; deux points ont pourtant changé, l'un remonté vers le haut du bras, l'autre déplacé au poignet. Le nom voyage plus fidèlement que le geste.

L'héritage le plus visible est ailleurs, dans les cliniques à fauteuils des États-Unis. Le manuel d'école de 2023 raconte que ses stagiaires n'emploient que ces dix aiguilles pendant leur premier mois de clinique, pour apprendre à accueillir avant d'apprendre à choisir. Son autrice écrit que la combinaison aiderait n'importe qui, quel que soit son souci : c'est une conviction de praticienne, pas un résultat mesuré.

En France, une recherche menée le 13 septembre 2026 n'a trouvé ni formation publique ni document de référence portant ce nom. Ceux qui s'en réclament la rattachent volontiers aux points de Maître Tung, que la praticienne enseignait aussi à ses élèves californiens. Si vous cherchez ce style, c'est donc la personne qu'il faut interroger : sa profession, et la place qu'elle donne à ces dix aiguilles dans une séance.

Cinq points, dix aiguilles, et une histoire surtout racontée par ceux qui l'ont vécue : le style Miriam Lee tient moins de la doctrine que d'une façon d'aller droit à l'essentiel. Cette simplicité ne dispense de rien — ni de vérifier qui tient l'aiguille, ni de dire ce que vous acceptez de découvrir.

Des aiguilles posées par quelqu'un dont vous connaissez le titre

Chaque profil de Thérapeutes Vérifiés est publié après contrôle des diplômes. Les avis sont laissés par des clients réellement reçus, et chaque personne accompagnée est recontactée à J+0, J+15, J+30 et J+90 : ce suivi dans le temps éclaire le choix de celles qui viennent après.

Les praticiens de la lignée de Maître Tung →

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Pour situer ces cinq numéros sur la carte entière, notre article sur les 361 points et les 24 canaux en donne la clé. Et pour une autre variante qui a, elle aussi, pris ses distances avec ses textes d'origine, l'histoire de l'aiguille de feu fait un bon contrepoint.

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