
Qi Gong : l'enseignant montre, et le geste, c'est vous qui le faites
Ni aiguille, ni table, ni huile : dans le qi gong, personne n'agit sur vous. Un mot forgé dans les années 1950, des gestes bien plus anciens, et une heure de cours que l'on repart refaire seul.
Il est sept heures et demie dans un parc de banlieue. Une quinzaine de personnes se tiennent debout, bien écartées, et lèvent les bras devant elles, paumes vers le sol, comme si elles poussaient une porte qui n'existe pas. Le mouvement dure une dizaine de secondes. Puis il recommence. Personne ne compte à voix haute, personne ne transpire, et pourtant, au bout d'une demi-heure, les avant-bras chauffent et les épaules ont descendu de deux centimètres.
Ce que vous regardez s'appelle le qi gong. Dans la famille des pratiques venues de Chine, c'est la seule où personne n'agit sur vous : ni aiguille, ni pression, ni table. L'enseignant montre, corrige d'un mot, et c'est vous qui faites le geste — puis qui le referez seul, le mardi où vous n'irez pas au cours. Voici d'où vient ce nom étonnamment récent, ce qui se passe pendant une séance, qui pratique en France, et à quoi se reconnaît quelqu'un de sérieux.
L'essentiel
Le qi gong associe trois choses menées ensemble : des mouvements lents, une respiration ralentie et une attention portée au corps. On l'apprend en groupe, debout et habillé, pour le refaire seul ensuite.
- Une séance dure de 45 minutes à 1 h 15 : déliement des articulations, enchaînement de mouvements répétés, retour au calme.
- Le mot « qi gong » a été forgé en Chine au début des années 1950 ; les gestes qu'il désigne sont bien plus anciens.
- 19 580 licenciés en 2024 dans la fédération qui l'encadre en France, dont 60 % de femmes et plus d'un sur deux au-delà de 55 ans.
- Aucun diplôme d'État ne porte ce nom : enseigner contre rémunération suppose une qualification enregistrée et une carte professionnelle.
- C'est une pratique de mieux-être, jamais un substitut à un suivi médical.
Un mot du XXe siècle posé sur des gestes bien plus vieux
Le nom surprend quand on apprend son âge. « Qi gong » se prononce à peu près tchi koung et se traduit par « travail du souffle » : qi désigne ce que la tradition chinoise appelle le souffle vital, gong l'ouvrage répété, l'effort tenu dans la durée. Or ce mot, comme nom d'une discipline, ne vient ni de l'Antiquité ni du Moyen Âge : il a été mis en circulation au début des années 1950, en Chine, dans un établissement de repos ouvert à Tangshan par un cadre du régime qui avait appris des exercices de respiration auprès d'un maître de campagne. L'intention était administrative autant que pratique : rassembler sous une étiquette unique des exercices dispersés dans les monastères, les familles et les écoles d'arts martiaux, et les rendre présentables pour les établissements publics.
Les gestes, eux, ont derrière eux une longue histoire écrite : des recueils illustrés circulaient depuis des siècles, montrant un homme assis en tailleur, les mains croisées au-dessus du crâne, avec en marge le nombre exact de répétitions et le moment de la journée où s'y mettre. De là une bizarrerie que vous rencontrerez vite : deux enseignants peuvent proposer des enchaînements très différents en se réclamant du même mot. Pour y mettre un peu d'ordre, l'organisme chinois chargé de la discipline a publié en 2003 quatre séries normalisées, dont la plus connue — les « huit pièces de brocart » — s'enseigne partout avec la même succession de mouvements.
Savoir d'où vient un mot ne dit pas ce qu'on fait de son corps pendant l'heure de cours.
Trois choses en même temps : bouger, respirer, être là
La tradition parle de trois « régulations », et l'expression est exacte. La première porte sur le corps : posture stable, genoux légèrement fléchis, bassin détendu, sommet du crâne comme suspendu à un fil. La deuxième porte sur la respiration : plus lente, plus basse, jamais forcée — on ne retient rien, on laisse le souffle s'allonger. La troisième porte sur l'attention : vous suivez le trajet de vos mains, la sensation dans les paumes, le poids qui passe d'un pied à l'autre.
Tenir les trois ensemble est précisément ce qui s'apprend, et c'est plus difficile qu'il n'y paraît. L'image la plus juste est celle d'un verre plein porté à travers la pièce : vous ne pensez ni au pied ni à la main, vous tenez les deux d'un coup, et le trajet se fait sans à-coups. C'est l'état que cherche le qi gong, sauf qu'il dure quarante minutes au lieu de dix secondes. Les débutants font souvent l'inverse : ils exécutent correctement la forme du mouvement en bloquant leur respiration et en pensant à leur journée.
Cette triple exigence dicte le déroulé du cours.
Une heure de séance, du premier déliement au dernier balayage
On arrive en vêtements souples et on les garde : pas de table, pas d'huile, pas de matériel. Le cours commence rarement par l'enchaînement lui-même, mais par dix à quinze minutes de déliement articulaire, du haut vers le bas — nuque, épaules, poignets, hanches, genoux, chevilles — en rotations lentes. Ce n'est pas un échauffement sportif : cela sert à ce que l'attention descende dans le corps avant qu'on demande quoi que ce soit de précis.
Vient ensuite la partie centrale, entre vingt et trente minutes. L'enseignant montre un mouvement, le décompose, le fait refaire six ou huit fois, puis passe au suivant. La répétition est la règle : on ne cherche pas la variété mais la familiarité, jusqu'à ce que le geste se fasse sans qu'on ait à y penser. Les dix dernières minutes sont un retour au calme — des mouvements de plus en plus petits, souvent un temps immobile. Beaucoup de groupes terminent par un « balayage » des bras qui descend le long du corps, comme pour ranger ce qui vient d'être remué.
Le premier cours déroute : c'est lent, c'est répétitif, et l'effet ne se mesure ni au souffle court ni aux courbatures. Si l'expérience vous tente, un praticien en qi gong près de chez vous proposera presque toujours une séance d'essai avant tout engagement.
Encore faut-il savoir quelle forme on vous propose, car le mot en recouvre plusieurs.
Debout, assis, immobile : ce que le mot recouvre
Les enchaînements
C'est la forme la plus répandue en France. Une série courte — huit mouvements dans les « huit pièces de brocart » — se répète dans le même ordre à chaque séance. Chacun porte un nom imagé qui aide la mémoire : soutenir le ciel à deux mains, tirer l'arc à gauche et à droite. Une fois la série connue, elle tient dans un quart d'heure et se refait seul.
La posture immobile
Beaucoup plus austère : vous restez debout sans bouger, bras arrondis devant la poitrine comme si vous enlaciez un tronc, pendant trois, cinq, parfois quinze minutes. Rien ne se passe à regarder ; à faire, c'est un des exercices les plus exigeants de la discipline, et les jambes le rappellent vite.
Les formes assises
Elles rendent la pratique accessible à qui ne tient pas debout longtemps : mêmes principes, mêmes respirations, exécutés sur une chaise ou au sol.
Ces formes ne visent pas le même public, et les chiffres officiels disent lequel s'y retrouve.
Qui pratique vraiment : 19 580 licenciés, et six sur dix sont des femmes
Le recensement des licences sportives publié par l'INJEP, arrêté au 15 juillet 2025, permet de sortir des impressions. La fédération qui encadre le qi gong en France — elle regroupe aussi le taijiquan et le kung-fu, si bien que le chiffre ne porte pas sur le seul qi gong — comptait 19 580 licenciés en 2024, contre 18 495 l'année précédente. Sur ce total, 11 734 sont des femmes, soit 59,9 %. Et surtout : 10 875 ont 56 ans ou plus, plus d'un sur deux, dont 6 366 au-delà de 65 ans.
La série longue est tout aussi parlante : après un creux à 11 107 licenciés en 2021, année où les salles sont restées fermées une partie de la saison, les effectifs ont regagné 76 % en trois ans. Le petit pic visible entre 5 et 9 ans, lui, ne vient pas du qi gong mais des cours de kung-fu pour enfants que la même fédération abrite. La discipline attire donc surtout des personnes en seconde partie de vie, sans impact sur les articulations.
Cet essor rend d'autant plus utile de savoir ce que la loi exige de votre enseignant.
Ce que la loi demande à celui qui vous enseigne
Un fait, d'abord, rarement écrit. Au 17 août 2026, l'export officiel du Répertoire national des certifications professionnelles compte 30 460 fiches : aucune ne porte « qi gong » dans son intitulé. Le voisinage existe pourtant : le titre de moniteur professionnel de karaté, wushu et disciplines associées y figure, enregistré le 29 avril 2025 et valable jusqu'au 30 avril 2028. Ce n'est donc pas une erreur de lecture : aucun diplôme d'État ne porte le nom de cette discipline.
Cela ne veut pas dire que n'importe qui peut ouvrir un cours payant. Le code du sport range le qi gong parmi les activités physiques : son article L. 212-1 réserve l'enseignement rémunéré aux titulaires d'une qualification enregistrée au répertoire, et impose une déclaration donnant lieu à une carte professionnelle. Enseigner sans cette déclaration expose à un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende (article L. 212-12). Beaucoup s'appuient en outre sur les diplômes fédéraux, qui n'ont pas valeur de titre d'État mais attestent d'un cursus et d'un volume d'heures.
Un mot enfin sur la portée de la discipline : elle accompagne la souplesse, la respiration et la détente, et ne remplace à aucun moment un avis médical ni un suivi engagé avec votre médecin.
Reste le plus concret : à quoi reconnaître la personne à qui l'on confie ses mardis soir.
Choisir la personne qui vous enseignera
Quatre questions suffisent, et se posent au téléphone. Où avez-vous appris, et pendant combien d'années ? Un cursus sérieux se compte en années, pas en week-ends. Avez-vous une carte professionnelle ? La question est légitime dès que le cours est payant. Combien de personnes dans le groupe ? Au-delà d'une vingtaine, la correction individuelle devient illusoire, or c'est elle qui empêche d'installer un mauvais placement pendant deux ans. Enfin : puis-je assister à un cours d'abord ?
Deux signaux doivent en revanche vous faire renoncer : un enseignant qui vous invite à espacer un rendez-vous médical, ou qui annonce un résultat précis sur un trouble précis. Ni l'un ni l'autre ne relève de l'enseignement d'une discipline corporelle.
Trouver un praticien près de chez vous
Sur Thérapeutes Vérifiés, chaque praticien voit ses diplômes contrôlés avant publication, les avis publiés proviennent de personnes réellement accompagnées, et celles-ci sont recontactées à J+15, J+30 et J+90 pour mesurer ce que la démarche leur a apporté dans la durée.
Le qi gong a ceci de particulier qu'il ne crée aucune dépendance à celui qui l'enseigne : au bout de quelques mois, la série est dans vos mains, et le cours ne sert plus qu'à corriger ce qui a dérivé. C'est sans doute ce qui explique que tant de gens s'y mettent après cinquante ans, à un moment où l'on cherche moins la performance que la façon de continuer à bouger longtemps.
La même logique du souffle et des saisons irrigue d'autres pratiques dont nous avons détaillé le déroulé : l'énergétique chinoise et son bilan par la langue et les pouls, l'acupuncture et sa carte de 361 points, ou la diététique chinoise, où la cuisson compte autant que l'aliment. Le plus simple, pour commencer, reste de pousser la porte d'un cours un matin de printemps et de lever les bras avec les autres.
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