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Psychothérapie sensorimotrice ou EMDR : quand personne ne vous demande de raconterApproches psychologiques alternatives

Psychothérapie sensorimotrice ou EMDR : quand personne ne vous demande de raconter

11 min de lecture

On vous demande de vous arrêter avant de raconter, et de remarquer ce que fait votre dos. La psychothérapie sensorimotrice et l'EMDR ne partent pas du même endroit : voici où passe la ligne.

Vous vous attendiez à devoir tout dire. Vous aviez même préparé l'ordre : ce qui s'est passé, à quel moment, ce qui a suivi. Et la première chose qu'on vous demande, c'est de vous arrêter là — de remarquer plutôt ce qui se passe dans votre dos, maintenant, pendant que vous commencez la phrase. Le récit attendra.

Deux noms circulent dès qu'il est question d'un événement qui ne passe pas : l'EMDR, largement connue, et la psychothérapie sensorimotrice, beaucoup moins. On les range volontiers dans le même tiroir, celui des approches qui font entrer le corps dans un bureau où l'on est censé parler. Elles ne demandent pourtant pas la même chose à la personne assise dans le fauteuil. Voici où passe la ligne, et ce qu'elle change pour vous.

Ce qui les sépare

Les deux approches partent du même constat : après un événement qui a débordé vos capacités du moment, le corps continue de réagir comme si la scène durait encore. Tout tient ensuite au point de départ de la séance, et à ce qu'on vous demande d'en faire.

  • L'EMDR désigne un souvenir précis, en mesure l'intensité, puis y associe des stimulations alternées gauche-droite.
  • La psychothérapie sensorimotrice part de ce que votre corps fait dans la pièce, sans exiger que le récit vienne d'abord.
  • Elle est nommée en 2000 dans une revue spécialisée, et enseignée en France depuis janvier 2010.
  • Le premier niveau du cursus international représente 78 heures, ouvertes aux seuls professionnels déjà autorisés à exercer la psychothérapie.
  • Les deux ne s'excluent pas : un essai enregistré le 11 août 2026 les réunit dans une même intervention de groupe.

Cadre : ces approches s'inscrivent en complément d'un suivi et ne remplacent pas un avis médical.

Le point de départ : un souvenir désigné, ou une épaule qui remonte

L'EMDR commence par un choix. Avec le professionnel, vous désignez un souvenir, vous en isolez l'image la plus vive, et vous chiffrez ce qu'elle vous fait encore aujourd'hui. Tout le reste de la séance tourne autour de cette cible. Le déroulé complet, phase par phase, est raconté dans l'article consacré à cette méthode : nous n'y revenons pas ici.

La psychothérapie sensorimotrice commence ailleurs. Sa conceptrice, une Américaine à la fois psychothérapeute et praticienne corporelle, lui donne son nom en 2000, dans un article publié par la revue Traumatology. Le point de départ n'y est pas un souvenir, mais ce que votre corps fait pendant que vous êtes assis : un menton qui recule, un souffle qui se raccourcit, un pied qui pousse contre le sol sans aller nulle part.

Le mot employé dans la formation est « pister » — suivre à mesure ce qui bouge, le nommer à voix haute, et s'y intéresser comme à une information à part entière. La brochure de la première formation française, en 2010, décrit des interventions « simples, centrées sur le corps », qui consistent à « suivre, identifier et explorer en toute sécurité l'excitation physiologique ». Traduit en langage courant : on regarde ce que fait votre système d'alarme, avant de regarder ce qui l'a déclenché.

Reste à savoir ce que cela donne, concrètement, pendant l'heure que vous passez là.

Ce qu'on vous demande de faire pendant l'heure

Dans les deux cas, le décor est celui d'un bureau ordinaire : deux sièges, pas de table de soins, pas de pénombre. Ce qui change tient à la consigne. D'un côté, votre tâche consiste à garder le souvenir en tête et à laisser venir ce qui vient. De l'autre, on vous demande de ralentir et de décrire — puis, parfois, d'essayer quelque chose : reprendre un geste amorcé, revenir en arrière, recommencer trois fois plus lentement. Ces essais portent d'ailleurs un nom dans la méthode, celui d'expérimentations.

EMDR Psychothérapie sensorimotrice
Nommée 1987, premiers résultats publiés en 1989 2000, dans une revue spécialisée
Point de départ un souvenir désigné, dont l'intensité est chiffrée ce que le corps fait dans la pièce, à l'instant
Ce qu'on vous demande garder le souvenir en tête et laisser venir remarquer, ralentir, décrire, essayer un geste
Le support des stimulations alternées gauche-droite le mouvement et la posture eux-mêmes
Structure un protocole balisé en huit phases trois temps, dont le premier ne touche pas au souvenir
Qui peut s'y former psychiatres, psychologues, psychothérapeutes enregistrés, internes en psychiatrie professionnels déjà autorisés à exercer la psychothérapie dans leur pays
Une personne assise sur un canapé, mains nouées et épaules ramenées vers l'avant, face à une professionnelle qui l'écoute
Mains nouées, épaules ramenées vers l'avant, buste légèrement en retrait : la posture précède souvent les mots. Photo Pexels.

Ce qui frappe, quand on regarde ce tableau, c'est qu'un mot y manque : celui du geste que l'on cherche à terminer.

Le mouvement resté en suspens

Le programme du premier niveau de formation consacre un chapitre entier à ce qu'il appelle les réponses d'orientation et de défense, et à la façon de restaurer celles que l'événement a désactivées. Derrière ce vocabulaire, une observation simple. Devant un danger, votre corps enclenche une suite de gestes automatiques : tourner la tête vers le bruit, lever un bras, reculer d'un pas, pousser. Quand la scène va trop vite, ou qu'il n'y avait objectivement rien à faire, ces gestes s'amorcent et n'aboutissent jamais. Comme un bras levé qu'on interromprait à mi-course : le mouvement est parti, il n'est pas arrivé.

La séance propose alors de le reprendre. Très lentement, dans une pièce où il ne sert plus à se protéger de quoi que ce soit, et en s'arrêtant dès que l'agitation monte. C'est la particularité de cette approche, et ce qui explique qu'on n'y demande pas d'abord le récit : le geste, lui, est là, disponible, sans qu'il faille remonter au jour où il a commencé.

La bande dans laquelle on essaie de rester

Pour savoir quand ralentir, la méthode emprunte une notion formulée en 1999 par un psychiatre américain : la fenêtre de tolérance. Voyez-la comme la plage de température où vous êtes à l'aise chez vous. Au-dessus, il fait trop chaud : le cœur s'emballe, tout devient trop vif, la vigilance ne redescend plus. En dessous, il fait trop froid : plus rien n'arrive, le corps s'engourdit, on décroche. Entre les deux se trouve la zone où l'on peut sentir quelque chose de désagréable sans être emporté — et c'est là que l'essentiel du travail se fait.

Trop d'activation cœur qui s'emballe, sursauts, tout est trop vif La fenêtre de tolérance on ressent, on pense et on parle en même temps Trop peu d'activation engourdissement, absence, plus rien n'arrive La séance vise à élargir la bande du milieu, pas à supprimer les écarts.

Si cette manière de travailler vous parle, l'annuaire recense les professionnels formés à cette approche, dont les diplômes sont contrôlés avant leur mise en ligne. L'ouvrage de référence, traduit en français en 2015 et réédité en 2021 en 446 pages, consacre d'ailleurs son deuxième chapitre à cette seule fenêtre — signe de la place qu'elle occupe.

Cette manière de doser suppose quelqu'un en face qui la dose avec vous. Et c'est là que la relation prend une importance qu'on n'attendait pas.

La relation avec le praticien, et ce qu'elle peut peser

Le deuxième niveau du cursus fixe un objectif qui surprend quand on le lit pour la première fois : devenir un régulateur neurobiologique. En clair, le professionnel se sert de sa propre présence — le débit de sa voix, son rythme, la distance à laquelle il place son fauteuil — pour vous aider à redescendre quand l'agitation monte. Ce n'est pas une figure de style : c'est décrit comme un outil de travail.

Un outil qui a un revers, et la formation le nomme elle aussi, en consacrant un chapitre à la dépendance et à la différenciation. Une relation qui apaise peut devenir une relation dont on a du mal à se passer. Rien d'anormal ni de honteux là-dedans : c'est précisément ce sur quoi l'accompagnement travaille quand il porte sur les liens d'attachement. Mais cela se parle, et cela se règle à voix haute.

Vue d'ensemble d'un cabinet : deux personnes assises à distance l'une de l'autre, séparées par une table basse
La distance entre les deux sièges n'est pas un détail de mobilier : elle fait partie de ce que le professionnel ajuste. Photo Pexels.

Concrètement, à quoi voyez-vous que c'est bien tenu ? Le professionnel dit combien de séances il envisage, ce qui se passe si vous voulez les espacer, et comment cela s'arrêtera. Il accepte que vous partiez sans avoir à vous justifier. Et si l'approche comporte un contact physique — ce n'est ni systématique ni obligatoire —, il vous demande votre accord avant, chaque fois, et pas une seule fois au début.

Reste une question que personne ne pose au premier rendez-vous, et qui mérite pourtant de l'être : qu'est-ce qui autorise cette personne à travailler ainsi ?

Ce que la formation exige, et ce que l'appellation ne dit pas

Le cursus international se déroule en trois niveaux. Le premier représente 78 heures, et l'admission suppose de prouver que l'on est légalement autorisé à exercer la psychothérapie dans son pays, ou en cours de qualification pour l'être. En France, les premières sessions se sont tenues à Paris entre janvier et juillet 2010, sur douze journées réparties en trois temps, avec traduction simultanée depuis l'anglais.

À côté de cela, le droit français encadre un titre et un seul, celui de psychothérapeute : le décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 exige 400 heures de psychopathologie clinique, un stage d'au moins cinq mois en établissement, et l'inscription sur un registre tenu par l'agence régionale de santé. C'est là-dessus que porte la vérification qui compte. L'expression « praticien en psychothérapie sensorimotrice », elle, n'est protégée par aucun texte : elle décrit un complément de formation, jamais un métier à elle seule.

Quant aux travaux disponibles, ils sont peu nombreux et il faut le dire. Un essai pilote publié en 2021 a réparti 32 femmes entre un groupe de vingt séances inspiré de la méthode et une liste d'attente, avec des mesures reprises six mois plus tard ; ses auteurs qualifient eux-mêmes leurs résultats de préliminaires. Un essai comparatif portant sur 131 personnes a été enregistré le 15 janvier 2026 sur le registre public américain des essais, pour des conclusions attendues fin 2028. Les données indiquent une direction ; elles ne démontrent rien encore.

Ce qui laisse au lecteur une dernière chose à faire : poser lui-même les bonnes questions.

Les questions à poser au praticien avant de vous décider

Elles tiennent en cinq phrases, et un professionnel sérieux y répond sans se raidir.

  • Quel est votre métier de base ? Psychologue, psychiatre, psychothérapeute enregistré : c'est ce socle qui compte, l'approche vient par-dessus.
  • Où et quand vous êtes-vous formé, et jusqu'à quel niveau ? Trois jours d'initiation et trois années de cursus ne recouvrent pas la même chose.
  • Est-ce qu'on commencera par le récit ? La réponse vous dit, en une phrase, dans laquelle des deux logiques vous entrez.
  • Que se passe-t-il si je veux espacer ou arrêter ? Une hésitation ici en dit long.
  • Y aura-t-il un contact physique, et comment me le demanderez-vous ? Vous avez le droit de dire non, y compris en cours de séance.

Deux approches, deux annuaires

Aucune des deux n'est « la bonne » dans l'absolu : ce sont deux façons d'entrer dans le même sujet, et le choix se fait avec la personne que vous aurez en face. Sur Thérapeutes Vérifiés, les diplômes de chaque professionnel sont contrôlés avant publication, les avis affichés viennent de personnes réellement accompagnées, et celles-ci sont recontactées à J+15, J+30 puis J+90 pour dire ce que leur accompagnement a donné dans la durée.

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Un premier rendez-vous ne vous engage à rien : il sert à exposer ce qui vous amène, à écouter comment on vous répond, et à repartir en ayant le droit de ne pas revenir. Si l'idée d'un accompagnement où le corps a voix au chapitre vous intéresse, d'autres approches partent d'un point voisin — la Gestalt corporelle s'intéresse aux gestes qui accompagnent la parole, tandis que l'analyse transactionnelle relit les échanges qui dérapent toujours au même endroit.

Le geste que vous n'avez pas pu terminer ce jour-là ne demande peut-être qu'à aller au bout, dans une pièce où plus rien ne menace. Reste à décider si vous avez envie d'essayer — et cette décision-là, personne ne la prendra à votre place.

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