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Le jeu filial : trente minutes par semaine où c'est votre enfant qui décideArt-thérapies

Le jeu filial : trente minutes par semaine où c'est votre enfant qui décide

11 min de lecture

Et si la séance se passait dans votre salon ? Le jeu filial forme le parent à animer lui-même trente minutes de jeu par semaine, où l'enfant décide de tout. Le déroulé réel, et ce qu'il faut désapprendre.

Vous demandez à votre enfant comment s'est passée sa journée. Il répond « bien ». Vous insistez un peu, il hausse les épaules et retourne à ses figurines. Ensuite il y a le bain, le cartable à préparer, la table à débarrasser, et vous vous couchez avec le sentiment d'avoir organisé une journée entière sans jamais l'avoir traversée avec lui.

Une méthode née aux États-Unis dans les années 1960 part exactement de cette impression. Son pari a de quoi surprendre : plutôt que de confier l'enfant à un professionnel une heure par semaine, elle forme le parent à conduire lui-même, chez lui, une demi-heure de jeu très particulière — et à laisser l'enfant mener du début à la fin. On l'appelle le jeu filial. Voici ce qui se passe réellement pendant ces trente minutes, ce qu'un parent doit désapprendre pour y parvenir, et ce que les travaux disponibles en disent aujourd'hui.

L'essentiel

Le jeu filial ne se pratique pas dans un cabinet mais dans votre salon : un professionnel forme le parent, et c'est le parent qui anime la séance de jeu avec son enfant. L'enfant décide de tout, l'adulte suit.

  • Le format le plus répandu : dix rencontres avec un professionnel, en petit groupe de parents, et une séance de jeu de trente minutes par semaine à la maison à partir de la quatrième.
  • Le matériel : une boîte de jouets choisis, une vieille couverture étalée au sol qui délimite l'aire de jeu. Rien de neuf ni de coûteux.
  • Le public : les familles avec des enfants de 3 à 10 ans environ, selon le manuel de référence.
  • Le cadre en France : ce n'est ni un métier ni un titre, mais une formation suivie par des professionnels dont le titre, lui, est encadré par la loi.
  • À retenir : la difficulté n'est pas de jouer, c'est de cesser de diriger — y compris de féliciter.

Une idée à contre-courant : et si le parent menait la séance ?

En 1964, deux psychologues américains, Bernard et Louise Guerney, publient un article qui prend l'usage de l'époque à rebours. Le raisonnement dominant tenait volontiers le parent à distance de l'accompagnement de l'enfant. Les Guerney proposent l'inverse : lui enseigner les gestes que le professionnel emploierait lui-même. Leur argument tient toujours — le professionnel voit l'enfant une heure par semaine pendant quelques mois, le parent est là tous les soirs, et leur lien durera toute la vie.

Le modèle d'origine était exigeant : des groupes de parents réunis pendant près d'un an. Dans les années 1980, un autre psychologue américain, Garry Landreth, en condense l'essentiel pour le rendre praticable par des familles ordinaires. Le manuel qu'il signe avec Sue Bratton, publié en 2006 et réédité en 2020, fixe un protocole en dix rencontres qui reste le format le plus diffusé dans le monde. Reste à savoir à quoi ressemblent, concrètement, ces trente minutes.

Une couverture au sol, une boîte, et trente minutes qui n'appartiennent qu'à lui

La mise en place est étonnamment matérielle, et décrite au détail près. Il faut une boîte solide avec un couvercle — une boîte de ramettes de papier convient très bien, son couvercle profond servira de maison de poupée — et une vieille couverture que l'on étale par terre. Elle n'est pas là pour protéger le sol : elle dessine la frontière de l'aire de jeu, comme un tapis de scène. Les jouets sont disposés autour, toujours au même endroit d'une semaine sur l'autre.

Leur contenu n'est pas laissé au hasard. Trois familles cohabitent dans la boîte : les jouets de la vie quotidienne (une dînette, deux téléphones pour pouvoir s'appeler l'un l'autre, une poupée, une petite voiture), ceux qui permettent de faire sortir la colère sans casse (des figurines de deux couleurs pour constituer deux camps, une paire de menottes avec sa clé), et ceux de l'expression libre (pâte à modeler, feuilles, crayons, blocs à empiler). Le manuel prend soin de le préciser : rien n'a besoin d'être neuf ni cher, et les vide-greniers font parfaitement l'affaire.

Le reste tient à quelques précautions de bon sens : une pancarte « ne pas déranger » accrochée à deux, le téléphone hors de portée, aucune interruption acceptée. Puis une phrase d'ouverture, toujours la même : pendant ces trente minutes, tu peux jouer comme tu en as envie. C'est là que la partie difficile commence — pour l'adulte.

Un adulte assis au sol suit le jeu d'un enfant, à côté d'une caisse de jouets
Le parent s'installe à hauteur de l'enfant et le laisse choisir : pendant la demi-heure, il suit, il ne propose pas.

Ce qu'un parent doit désapprendre

Ce qui rend ces séances si particulières, ce n'est pas la liste des gestes à faire : c'est celle des réflexes à suspendre. Le manuel en recense huit, dont la plupart remontent aux travaux des Guerney du début des années 1970. Ne pas critiquer. Ne pas poser de questions qui orientent le jeu. Ne pas expliquer, ne pas apprendre quelque chose à l'enfant, ne pas faire la morale. Ne pas lancer une nouvelle activité parce que celle en cours vous ennuie. Et ne pas se taire non plus : un enfant qu'on regarde en silence se sent observé.

L'interdit qui déroute le plus : ne pas féliciter

Celui-là surprend tous les parents. Pas de « c'est magnifique », pas de « bravo ». Non que le compliment soit mauvais en soi, mais il déplace le centre de gravité : l'enfant se met à jouer pour obtenir la réaction de l'adulte, au lieu de jouer pour lui-même. À la place, on reconnaît l'effort et la décision — « tu as travaillé dur là-dessus », « tu as trouvé tout seul », « tu sais exactement comment tu veux que ce soit ».

Ce qu'il reste à faire tient en deux gestes. Décrire à voix haute ce que l'on voit, sans commenter : « tu remplis ça jusqu'en haut », « tu les as tous alignés comme tu voulais ». Et nommer l'émotion qu'on lit sur le visage : « ça t'a surpris », « tu aurais aimé qu'on joue plus longtemps ». Le manuel résume l'intention en une formule que le parent doit faire passer sans jamais la prononcer : je suis là, je t'entends, je te comprends, tu comptes pour moi. Pendant ces trente minutes, l'expert, c'est l'enfant — et le parent n'a pas les réponses.

Un enfant absorbé dispose lui-même ses figurines, sans consigne d'un adulte
Deux camps de figurines, une histoire qui s'invente : l'enfant nomme les objets, l'adulte reprend ses mots plutôt que les siens.

Des professionnels formés à cette approche sont référencés sur l'annuaire des praticiens de l'approche filiale, diplômes contrôlés avant publication. Reste la question que tous les parents posent : et si l'enfant en profite pour tout casser ?

Trois limites, et une manière très précise de les poser

Contrairement à ce qu'on imagine, cette demi-heure n'est pas un moment sans règles. Elle en compte trois, pas une de plus : le temps est compté, on n'abîme ni les jouets ni la pièce, et personne ne se fait mal — ni l'enfant, ni le parent. Tout le reste est permis, y compris de ne rien faire.

Leur formulation s'apprend en trois temps, comme une phrase toute faite avant de devenir naturelle. Ce qui se joue là dépasse la séance : l'enfant entend que son envie a été comprise, et il lui reste une décision à prendre.

1. Reconnaître « Je vois que tu as très envie de mettre la pâte sur le tapis. » 2. Énoncer « Le tapis n'est pas fait pour ça. » Ton calme, pas de négociation. 3. Ouvrir « Tu peux la mettre sur le plateau. » L'enfant garde le choix. Trois limites seulement : le temps, le matériel, et l'intégrité de chacun. D'après le protocole en dix rencontres décrit dans le manuel de référence (édition 2020).

La fin de la séance obéit à la même mécanique. On prévient quelques minutes avant, puis on annonce sans s'excuser : je sais que tu aimerais continuer, et notre moment de jeu est terminé pour aujourd'hui — il reviendra la semaine prochaine. Ce cadre très écrit soulève une question légitime : au fond, qu'est-ce qui a été mesuré ?

Ce que les travaux ont mesuré — et ce qu'ils ne disent pas

La référence la plus citée est une synthèse publiée en 2005 dans une revue de psychologie professionnelle, qui a rassemblé 93 études contrôlées sur les approches par le jeu, avec une moyenne de sept séances. Le détail y intéresse davantage que le total : dans les 67 études où l'accompagnement était mené par un professionnel, l'écart mesuré avec les groupes de comparaison s'établissait à 0,72 écart-type ; dans les 22 études où ce sont des parents formés à l'approche filiale qui conduisaient les séances, il montait à 1,15. C'est ce résultat qui a fait la réputation de la méthode.

Il demande cependant à être lu avec prudence, et c'est là que l'honnêteté commande d'aller plus loin que la plupart des présentations. Une synthèse plus récente, publiée en 2020 dans une revue consacrée aux pratiques fondées sur les preuves chez l'enfant, a repris 23 études portant sur le format en dix rencontres : elle conclut à des effets moyens, de l'ordre de 0,55 à 0,59, et adresse une critique méthodologique aux travaux existants — échantillons réduits, comparaisons faites avec des familles en liste d'attente plutôt qu'avec un autre accompagnement.

Un registre fédéral américain qui évalue les programmes destinés aux familles a tranché dans le même sens : après examen de 32 études, dont 18 jugées recevables, il classait la méthode comme « prometteuse » lors de sa révision de juillet 2023. Des signaux convergents, donc, et pas une certitude. Ces séances ne remplacent en aucun cas un avis médical, et ne dispensent pas d'un suivi médical lorsqu'il est nécessaire. Reste à savoir vers qui se tourner en France.

À qui cela s'adresse, et comment choisir la personne qui vous formera

Le manuel vise les familles d'enfants de 3 à 10 ans environ. Le professionnel réunit un petit groupe de parents et les accompagne sur dix rencontres : les premières servent à comprendre la logique de l'approche et à préparer la boîte, la séance de jeu à la maison démarre en général à la quatrième semaine, et chaque rencontre suivante s'ouvre sur le récit de ce qui s'est passé chez soi. Un dispositif exigeant en régularité, davantage qu'en temps.

Ce qu'il faut vérifier avant de s'engager

En France, l'approche filiale n'est ni un métier ni un titre : c'est une formation continue, que suivent des psychologues et d'autres professionnels de l'accompagnement de l'enfant, avec des heures de supervision à la clé. Ce qui est encadré par la loi, c'est le titre de celui qui vous reçoit — le titre de psychologue est protégé depuis la loi du 25 juillet 1985, celui de psychothérapeute depuis le décret de mai 2010. Trois questions suffisent le plus souvent : quel est votre titre, où avez-vous été formé à cette approche précise, et êtes-vous supervisé ?

Le coût mérite aussi d'être abordé sans détour au premier contact. Le dispositif public « Mon soutien psy » ouvre, depuis ses évolutions de 2025, l'accès dès l'âge de 3 ans à douze séances par an chez un psychologue conventionné, à 50 euros la séance, remboursées à 60 % par l'Assurance maladie, sans passer d'abord par un médecin. Il finance des séances chez un psychologue, non la méthode elle-même : un point à clarifier avant de commencer.

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Sur Thérapeutes Vérifiés, chaque praticien voit ses diplômes contrôlés avant publication, les avis proviennent de personnes réellement accompagnées, et celles-ci sont recontactées à J+15, J+30 et J+90 pour mesurer ce que l'accompagnement leur a apporté dans la durée.

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Ce qui frappe, quand on regarde ce protocole de près, c'est sa modestie. Aucune interprétation savante du dessin de votre enfant, aucune grille à remplir : une couverture par terre, une boîte de jouets dépareillés, et un adulte qui accepte pendant trente minutes de ne rien savoir. La difficulté est entièrement de ce côté-là — et c'est ce qui rend la démarche transposable au reste de la semaine, bien après la dixième rencontre.

Si l'idée de laisser un enfant s'exprimer autrement que par les mots vous intéresse, deux approches voisines valent le détour : la Technique du Monde, où un bac de sable et des centaines de figurines racontent ce qui ne se dit pas, et l'atelier d'un art-thérapeute, où l'on n'a pas besoin de savoir dessiner. Chacune tient au même pari que le jeu filial : l'enfant dispose déjà d'un langage, il suffit qu'un adulte accepte de l'apprendre.

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