
Art-thérapie cognitivo-comportementale : 3 dessins sur la table, et personne pour les interpréter à votre place
Trois dessins, une note de 0 à 10 au début et à la fin, aucun jugement sur le trait : ce que contient une séance d'art-thérapie cognitivo-comportementale d'après un protocole publié.
Un protocole publié par une équipe de l'université Ben Gourion du Néguev, en Israël, tient en trois feuilles blanches. Sur la première, vous dessinez ce qui vous pèse en ce moment. Sur la deuxième, ce sur quoi vous pouvez vous appuyer. Sur la troisième, les deux réunis dans une même image. C'est là que le travail commence : on vous invite à regarder la taille, la place et la couleur de ce qui pèse, puis à les modifier.
Cette démarche porte un nom un peu long, l'art-thérapie cognitivo-comportementale, et réunit deux familles qu'on croit opposées : l'atelier où l'on dessine sans que personne ne juge le résultat, et les méthodes cognitives et comportementales, connues pour leurs exercices structurés. Le protocole en question, appelé CB-ART, est l'un des rares à avoir été décrit pas à pas, dans des revues en accès libre, entre 2016 et 2023. Il sert ici de fil : non pour prédire ce que vous vivrez chez un praticien français, mais pour savoir ce qu'une séance de ce type contient, et ce qu'il vous restera à demander.
Ce que dit le document
Le protocole CB-ART fait travailler sur trois dessins successifs, discutés en groupe, avec une note de détresse relevée avant et après. Le dessin n'y est jamais évalué : c'est sa composition que l'on transforme.
- Trois feuilles : ce qui pèse, vos ressources, puis les deux sur une même image.
- Une échelle de 0 à 10, remplie au début puis à la fin.
- Aucune compétence artistique demandée, aucun jugement sur le trait.
- Six séances dans la version d'origine ; deux séances d'une heure, ou un atelier unique de trois heures, dans les versions adaptées.
- En France, le titre d'art-thérapeute n'est pas protégé, et aucune certification du répertoire national ne mentionne l'approche cognitivo-comportementale.
Cadre : cette démarche accompagne, elle ne remplace pas un avis médical ni le suivi d'un professionnel de santé.
Avant la première feuille : la règle du jeu et une note sur 10
Dans la version décrite en août 2023 par une équipe australienne, le groupe compte trois ou quatre personnes autour d'une grande table ovale. Au centre, à portée de main : des feuilles blanches au format A3 (deux pages de cahier côte à côte), des pastels à l'huile d'au moins dix couleurs, des crayons de couleur, des crayons à papier, du fusain et des gommes. Avant de commencer, quatre règles sont posées : ce qui se dit reste dans la pièce, personne n'a besoin de savoir dessiner, vous gardez votre dessin ou le laissez, et aucune évaluation de ce que vous produisez n'est prévue.
Vient ensuite un chiffre. L'atelier en ligne décrit en février 2021 demande à chacun de situer sa gêne du moment sur une échelle subjective de détresse, graduée de 0 (aucune gêne) à 10 (la plus forte imaginable). C'est une jauge que vous êtes seul à pouvoir lire, et la même question revient à la fin. Les animateurs ajoutent une courte explication : un dessin se regarde de deux façons, par l'histoire que vous en racontez et par sa composition, c'est-à-dire la forme, la taille, les couleurs et la place des éléments sur la feuille.
Cette seconde lecture, qui paraît anodine, prépare tout ce qui suit.
Premier dessin : ce qui pèse, sans avoir à le raconter d'abord
La première consigne invite à dessiner une image, une sensation dans le corps ou un souvenir lié à ce qui vous préoccupe. Nul besoin de figurer une scène : une forme, une tache de couleur, un objet suffisent. La version australienne accorde dix minutes sans interruption pour ce dessin ; la version en ligne demande en plus d'écrire quelques mots au dos de la feuille, pour dire ce qu'elle représente.
Pourquoi commencer par le crayon plutôt que par la parole ? Les auteurs de l'étude australienne rappellent que les méthodes cognitives et comportementales réclament beaucoup d'effort verbal et de pensée abstraite, ce qui gêne qui peine à mettre des mots sur ce qu'il vit. Le dessin fait office de marchepied. C'est la différence entre décrire un paysage au téléphone et montrer une photo : la conversation part d'un objet posé sur la table.
Une fois le dessin terminé, chacun dit ce qu'il a représenté et ce que cela signifie pour lui, puis répond aux questions ou aux remarques du groupe. Le trait n'est pas évalué : ce sont vos mots exacts qui sont notés, avec les éléments de composition de l'image, qui serviront plus tard.
Un seul dessin ne fait pas l'exercice : les deux feuilles suivantes le mettent en mouvement.
Deuxième et troisième feuilles : quand le dessin devient un exercice
La deuxième feuille porte sur vos ressources, personnelles ou sociales : ce qui vous aide, les personnes sur qui vous comptez, les activités qui vous font du bien. La troisième, appelée dessin intégré, réunit les deux premières dans une seule image. Vous pouvez repartir d'une page blanche ou ajouter des éléments à l'un des deux dessins précédents.
Intervient alors la part cognitive : la restructuration cognitive, qui consiste à chercher une autre lecture d'une situation qui accable, se fait ici d'abord sur le papier. L'article de présentation du protocole, mis en ligne en septembre 2016, le résume ainsi : repérer les éléments de composition qui caractérisent l'image pénible, puis les modifier en imagination, dans les sensations du corps et sur la page. Le groupe compare ensuite les trois dessins : qu'est-ce qui a grandi, rapetissé, changé de couleur ou de place ?
Les exemples publiés en 2021 montrent ce que cela donne. Un hérisson aux piquants dressés, qui occupait la première feuille, réapparaît beaucoup plus petit sur la troisième, au milieu d'un repas de famille. Une meule qui écrase une silhouette est replacée au bord de la mer, et deux personnes s'assoient dessus. Dans ces exemples, la source de tension ne quitte pas la page : elle change de taille, de place ou de voisinage.
Pendant la discussion, ces techniques servent aussi à reformuler une pensée ou à chercher une solution concrète. En fin d'atelier, la note de 0 à 10 est relevée une seconde fois. Si vous souhaitez savoir qui propose ce travail près de chez vous, les praticiens en art-thérapie cognitivo-comportementale référencés sur la plateforme ont vu leurs diplômes vérifiés avant publication.
Reste une question que ce déroulé laisse en suspens : qui, dans la pièce, dit ce que signifie votre dessin ?
Deux écoles devant le même dessin
Tous les art-thérapeutes ne regardent pas une image de la même façon. Un article de juin 2023, consacré à un autre programme de groupe, le formule sans détour : selon leur orientation, certains restent dans la métaphore du dessin, d'autres en discutent ouvertement le contenu et le sens.
Le protocole CB-ART choisit une voie plus terre à terre. Aucune évaluation du dessin n'est prévue, et c'est vous qui dites ce qu'il représente. Le groupe s'en tient à ce que tout le monde peut voir : cette forme est plus grande que celle-là, ce noir a disparu, ce personnage est passé du bas au haut de la feuille. Personne ne vous explique ce que votre hérisson « révèle ».
Cette position le distingue des TCC classiques, qui passent surtout par l'écrit et la parole, comme le détaille l'article sur les TCC et le travail entre deux séances. Elle la distingue aussi de l'atelier plus libre, où le matériau et le geste comptent davantage que la consigne, tel qu'on le découvre dans ce qui se passe dans l'atelier d'un art-thérapeute.
Avant de prendre rendez-vous, demandez donc de quelle école vient votre praticien : la réponse dit qui lira le dessin, et si quelqu'un le fera. Encore faut-il que l'exercice vous convienne.
Si ça ne vous convient pas : ce que les participants ont signalé
L'étude australienne a interrogé par téléphone ses neuf participants, une semaine après deux séances d'une heure. Tous ont trouvé les séances agréables. Le détail est plus nuancé : cinq seulement ont trouvé les dessins faciles à faire, trois restent neutres, un n'est pas d'accord. Un seul avait déjà une pratique du dessin. Et pour la partie jugée la plus utile, huit citent la discussion de groupe, trois seulement le dessin.
Un participant sur neuf signale un aspect désagréable, en précisant qu'il s'agissait de parler de ce qui rend triste, plus que du programme lui-même. Parmi les personnes invitées, une a décliné faute d'intérêt pour l'activité artistique. Les auteurs relèvent aussi une limite de leur propre enquête : la personne qui a coanimé les séances est celle qui a mené les entretiens, ce qui a pu retenir les critiques.
Si le premier dessin vous coûte, sachez que parmi les exemples de 2021 figure une participante qui glisse déjà des éléments apaisants dans son dessin de tension, comme si le représenter seul était trop lourd ; les auteurs y lisent une manière parmi d'autres de relier tension et ressources. Vous pouvez donc le dire, demander à parler plutôt qu'à dessiner, ou poser le crayon. Un praticien sérieux adapte la consigne, il ne l'impose pas.
Ces enquêtes restent minuscules, quinze femmes en 2021 et neuf personnes en 2023, et aucune ne compare avec un groupe témoin, sans atelier. Elles indiquent une direction, elles ne démontrent rien. D'où l'importance de ce que le protocole laisse ouvert.
Ce que le protocole ne tranche pas, et qu'il vous reste à demander
Le nombre de séances. Six dans la version d'origine, conçue pour des personnes vivant avec une maladie au long cours ; deux dans l'adaptation australienne ; une seule, de trois heures, dans l'atelier en ligne de 2021. Demandez combien de rendez-vous sont prévus, et pourquoi ce nombre.
La personne qui anime. Dans l'étude de 2023, c'est une psychologue clinicienne ; les auteurs de 2021 écrivent que quiconque applique la méthode doit connaître à la fois les approches cognitives, comportementales et artistiques. En France, le titre d'art-thérapeute n'est pas protégé par la loi. L'export du répertoire national des certifications daté du 13 septembre 2026 compte quatre titres « Art-thérapeute » actifs de niveau 6 (bac +3), dont l'un arrive au terme de son enregistrement le 20 septembre 2026, et aucune fiche, sur 30 515, dont l'intitulé mentionne l'approche cognitivo-comportementale ou les TCC. Une formation française à ce double profil annonce 408 heures sur deux ans, surtout en ligne, sanctionnées par une attestation et par l'accréditation d'un organisme privé britannique qui agrée des praticiens holistiques. Si c'est une psychothérapie que vous cherchez, le titre de psychothérapeute, lui, est encadré par un décret du 20 mai 2010.
Le cadre. Groupe ou séance individuelle, cabinet ou visio, sort de vos dessins à la fin : le document laisse ces points à l'appréciation de chacun. Dans l'étude australienne, l'atelier s'ajoute au programme d'un centre où exercent médecins, infirmières et psychologues, sans remplacer aucun d'eux.
Trois feuilles, et quelqu'un de formé en face
Combien de séances, quelle formation, quelle lecture du dessin : ces questions trouvent plus vite réponse quand le parcours du praticien a déjà été contrôlé. Ici, les diplômes sont vérifiés avant publication, les avis viennent de personnes réellement accompagnées, et chacune est recontactée à J+0, J+15, J+30 et J+90 pour dire ce qui a bougé, ou non. De quoi choisir sur des faits plutôt que sur une vitrine.
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Vous savez désormais l'essentiel : on ne vous demandera pas de bien dessiner, mais de regarder ce que vous avez posé sur la feuille et d'oser le déplacer. Si travailler par l'image vous attire mais que trois feuilles en une séance vous paraissent trop cadrées, le programme décrit dans l'article consacré à la création en pleine conscience propose un autre rythme, sur huit semaines. Dans chaque cas, gardez en tête la question que ce protocole rend évidente : qui, face à votre dessin, dira ce qu'il signifie ?
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