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Sexothérapie : pourquoi on ne vous demandera jamais de vous déshabillerApproches psychologiques alternatives

Sexothérapie : pourquoi on ne vous demandera jamais de vous déshabiller

12 min de lecture

Le numéro dort dans un tiroir depuis des mois. Derrière la porte, il ne se passe qu'une conversation : origines, déroulé d'une séance, et comment vérifier la formation de celui qui vous reçoit.

Le numéro est noté depuis des mois sur un bout de papier, glissé dans un tiroir. Vous l'avez cherché deux ou trois fois, puis refermé le tiroir. Ce n'est pas le sujet qui bloque : vous en avez déjà parlé, mal, un soir, et la conversation s'est arrêtée là. Ce qui bloque, c'est l'inconnu derrière la porte. Faudra-t-il raconter, montrer, faire ? Cette question retient beaucoup plus de monde que la difficulté elle-même.

La réponse surprend souvent : il ne se passe rien d'autre qu'une conversation. Vous entrez, vous vous asseyez, vous gardez vos vêtements, vous parlez. Tout le reste se déroule ailleurs, chez vous, entre deux séances. Cet article raconte d'où vient cette façon de faire, comment se déroule une heure, et qui est habilité à la conduire en France.

L'essentiel

La sexothérapie est un accompagnement par la parole, né de la recherche clinique des années 1960. Aucun geste, aucun déshabillage : les propositions concrètes sont faites pour l'intimité de votre domicile.

  • Une séance a le format d'un entretien : trois quarts d'heure à une heure, assis, habillé, seul ou à deux.
  • L'appellation n'est protégée par aucune loi française. Le repère existant est un diplôme inter-universitaire en trois ans, ouvert aux professionnels de santé et à quelques métiers voisins.
  • Les propositions les plus connues, dites de focalisation sensorielle, se pratiquent à la maison, par étapes, jamais au cabinet.
  • Le public est large : personnes seules comme couples, à tout âge, après une naissance, une maladie de longue durée ou simplement un long silence.
  • Une proposition de contact physique en séance n'a aucune justification : c'est le signal auquel on s'arrête.

Une pratique née dans un laboratoire, pas sur un divan

Dans les années 1960, aux États-Unis, un gynécologue et une psychologue — William Masters et Virginia Johnson — observent en laboratoire ce que personne n'avait mesuré : les réactions du corps humain pendant l'activité sexuelle. Leurs travaux sortent le sujet du registre de la faute morale pour le placer dans celui de la physiologie, c'est-à-dire du fonctionnement ordinaire du corps.

En 1970, ils publient un second ouvrage consacré aux difficultés rencontrées par les couples et proposent un programme d'étapes concrètes, à réaliser à deux, entre les rendez-vous. Plutôt que de remonter pendant des années à l'enfance, on part de ce qui se passe maintenant — dans le corps, dans la relation, dans les mots qu'on n'ose pas.

En 1974, une psychiatre new-yorkaise, Helen Singer Kaplan, apporte la seconde moitié du bâtiment. Elle transforme le séjour intensif de deux semaines imaginé par ses prédécesseurs en quelques rendez-vous étalés dans le temps — le format que vous trouverez aujourd'hui en France — et ajoute la pièce manquante : le désir. Là où le modèle initial décrivait l'excitation puis l'orgasme, elle place en tête ce qui déclenche tout le reste et ne relève ni de la mécanique ni de la volonté. Cette bascule explique pourquoi un praticien s'intéressera autant à votre charge de travail qu'à ce qui se passe dans la chambre.

De cette double filiation descend directement ce qui vous attend derrière la porte d'un cabinet français.

Ce qui se passe pendant l'heure

Le premier rendez-vous ressemble à un entretien attentif. On vous demande ce qui vous amène, depuis quand, dans quelles circonstances la difficulté apparaît et dans lesquelles elle disparaît — car elle disparaît presque toujours quelque part, et c'est une information précieuse. On vous interroge aussi sur ce que vous avez appris, petit, de ce sujet.

Deux choses frappent les personnes qui franchissent le pas. La première : les mots sont dits, les organes nommés, les gestes décrits, sans gêne apparente. Pour beaucoup, c'est le premier endroit de leur vie où ce vocabulaire circule normalement. La seconde : personne ne juge la fréquence, la forme ou l'orientation de votre vie intime. Le seul repère est le vôtre.

Praticienne assise dans un fauteuil, carnet sur les genoux, face à une personne venue seule en séance
Le dispositif est celui d'un entretien : deux fauteuils, un carnet, et la parole comme seul outil.

Le format est stable : trois quarts d'heure à une heure, assis face à face. Vous pouvez venir seul, même si la difficulté concerne votre couple — c'est fréquent, il est plus simple de commencer sans témoin. Beaucoup d'accompagnements alternent d'ailleurs les configurations : un rendez-vous à deux, deux rendez-vous séparés, puis un retour commun.

Les séances sont espacées, souvent de deux à trois semaines. Cet intervalle n'est pas une contrainte d'agenda : c'est le temps qu'il faut pour que ce qui a été proposé soit expérimenté, oublié, raté, recommencé. L'annuaire des praticiens en sexothérapie permet de filtrer par ville et de voir la formation de chacun.

Reste que l'essentiel de ce travail ne se déroule pas dans ce fauteuil.

Les propositions se vivent chez vous, jamais au cabinet

C'est le point que la plupart des gens ignorent, et celui qui lève la moitié des appréhensions. Ce qui a fait la réputation de cette approche — un programme progressif appelé focalisation sensorielle — se pratique intégralement à la maison, seul ou à deux. Le praticien explique, cadre, questionne au retour. Il n'assiste à rien.

Le programme avance en trois temps. D'abord, on se touche partout sauf aux zones génitales et à la poitrine, avec une consigne étrange : ne rien chercher à obtenir. Ni excitation, ni performance, ni suite. Seulement remarquer la température d'une peau, ce qui est agréable et ce qui ne l'est pas. Quelques semaines plus tard, ces zones sont réintégrées, toujours sans objectif. Au troisième temps seulement, le reste redevient possible, sans obligation.

Les trois temps, vécus à la maison 1 · Le toucher seul Partout sauf zones intimes. Aucun but à atteindre. 2 · L'élargissement Tout le corps est inclus, la consigne reste la même. 3 · La levée Ce qui était mis entre parenthèses redevient possible. Le rendez-vous suivant sert à raconter ce qui s'est passé — y compris quand rien ne s'est passé. Le praticien n'assiste à aucune de ces étapes.

Pourquoi une progression aussi lente ? Parce que la difficulté la plus répandue n'est pas mécanique : elle vient de ce qu'on se regarde faire. Les chercheurs des années 1960 avaient un mot pour cela — se comporter en spectateur de soi-même. C'est ce qui arrive à quelqu'un qui, en pleine phrase, écoute le son de sa propre voix : il perd le fil. Retirer l'objectif retire l'audience, et le corps recommence à fonctionner sans surveillance. Ce principe — expérimenter entre les séances plutôt que comprendre en séance — est celui des approches comportementales et cognitives, dont cette pratique est cousine.

Encore faut-il que la personne qui donne ces consignes ait la formation pour les cadrer.

Qui a le droit de vous recevoir en France

Voici l'information la plus importante de cet article : l'appellation de sexologue ou de sexothérapeute n'est protégée par aucune loi française. Rien n'interdit à une personne sans formation de l'inscrire sur une plaque. C'est vous qui vérifiez.

Le repère universitaire

Il existe un diplôme inter-universitaire, délivré par un réseau de facultés françaises — Clermont-Ferrand, Lille, Lyon, Marseille, Nancy-Metz, Nantes, Nice, Paris et Toulouse — sous l'égide d'une société savante fondée en 1983. Ce cursus dure trois ans, pour environ deux cent trente heures d'enseignement, et se décline en deux voies : l'une réservée aux médecins, l'autre ouverte aux psychologues, infirmiers, sages-femmes, kinésithérapeutes et conseillers conjugaux déjà diplômés, sur dossier et entretien. Un syndicat professionnel créé en 1980 complète ce paysage avec un code d'éthique.

Qui sont réellement ces praticiens

Une enquête nationale menée entre décembre 2018 et mars 2019, publiée en 2020 dans une revue spécialisée avec le concours de la société savante et de la fédération française du domaine, contredit les images d'Épinal : 83 % de femmes — le rapport s'est inversé depuis l'enquête comparable de 1999 —, 67 % de non-médecins, 62 % titulaires d'un titre en sexologie ou en santé sexuelle. Plus de six sur dix y consacrent moins de la moitié de leur temps professionnel : c'est presque toujours une seconde compétence, greffée sur un métier d'origine.

Ce métier d'origine est votre meilleur repère. Un infirmier, une sage-femme ou un psychologue, dont le titre est protégé par la loi, relèvent d'un cadre et d'un numéro d'enregistrement vérifiables. Demander « quelle est votre formation initiale, et où avez-vous suivi votre cursus en sexologie ? » n'a rien d'impoli : c'est la question que tout praticien sérieux attend.

Avertissement - vigilance sur les limites du cadre : l'absence de titre protégé rend ce champ perméable. Le rapport d'activité de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, publié le 8 avril 2025, place la santé et le bien-être en tête des thématiques de signalement sur la période 2022-2024, et relève que la majorité des situations rapportées concernent des personnes sans qualification reconnue. Des décisions de justice françaises ont par ailleurs sanctionné, ces dernières années, des faits d'agression sexuelle ou d'exercice illégal de la médecine commis par des intervenants qui invoquaient un cadre d'accompagnement, parfois enveloppé d'un vocabulaire spirituel ou énergétique. La ligne est simple et ne souffre aucune exception : dans une séance de sexothérapie, il n'y a ni examen, ni déshabillage, ni contact physique, ni démonstration. Le code d'éthique du syndicat professionnel prévoit que si un examen s'avérait nécessaire, la personne doit en être informée, donner son accord, et cet acte revient alors à un professionnel de santé habilité — dans un autre cadre. Un praticien sérieux annonce cette limite lui-même, dès le premier rendez-vous.

Reste à savoir ce qui pousse concrètement les gens à composer ce numéro.

Ce qui amène à pousser la porte

Il n'y a pas de motif trop banal ni de motif trop grave. Les situations les plus fréquentes tiennent en quelques lignes : une baisse ou une disparition du désir, chez soi ou chez l'autre ; un décalage de rythme que plus personne n'ose nommer ; des douleurs qui rendent les rapports difficiles ; des difficultés d'érection ou d'éjaculation ; une appréhension si forte qu'elle empêche d'essayer ; les suites de violences subies ; ou l'impression d'être passé à côté de quelque chose sans savoir par où commencer.

Couple assis chacun à une extrémité du canapé lors d'une séance, praticien de dos prenant des notes
Beaucoup de couples arrivent avec des mois de silence derrière eux. La première séance sert souvent à remettre des mots avant de remettre des gestes.

Les âges de la vie amènent leur lot de bascules. Après une naissance, le corps et le rôle ont changé en même temps. À la ménopause, ou plus tard chez l'homme, les sensations se modifient sans que personne ait prévenu. Pendant ou après une maladie de longue durée, l'intimité est souvent la dernière chose dont on ose parler à l'équipe médicale.

Un point mérite d'être posé sans ambiguïté : cette démarche ne remplace pas un avis médical. Certaines difficultés ont une origine organique ou sont liées à une prise en charge en cours, et un praticien attentif vous orientera vers un professionnel de santé avant de proposer quoi que ce soit. Les deux chemins se complètent.

Cette parole gagne peu à peu les politiques publiques : la France s'est dotée d'une stratégie nationale de santé sexuelle à l'horizon 2030, et un programme scolaire d'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité, publié par arrêté au Bulletin officiel du 6 février 2025, est devenu obligatoire de la maternelle au lycée à la rentrée 2025. Les générations qui arrivent auront un vocabulaire que beaucoup d'adultes n'ont jamais reçu.

Encore faut-il choisir la personne devant qui l'on va s'asseoir.

Choisir la personne à qui vous allez confier cela

Quatre questions suffisent, et elles se posent au téléphone. Quelle est votre formation initiale, et quel cursus avez-vous suivi en sexologie ? Comment se déroule une séance chez vous ? Combien de rendez-vous envisagez-vous ? Que se passe-t-il si cela ne me convient pas ? Un praticien formé y répond sans détour ; une réponse évasive sur la formation est en soi une réponse.

Ajoutez-y la règle du corps, qui ne se négocie pas : si on vous propose un contact, un massage, une démonstration ou la présence d'un tiers, vous vous levez et vous partez. Aucune école reconnue ne l'enseigne.

Reste le coût. Lorsque le praticien est médecin et conventionné, la séance donne lieu à une prise en charge par l'Assurance maladie dans le parcours de soins. Dans tous les autres cas — les deux tiers des praticiens —, rien n'est remboursé, même si certaines complémentaires santé prévoient un forfait annuel.

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Sur Thérapeutes Vérifiés, chaque praticien voit ses diplômes contrôlés avant publication, les avis proviennent de personnes réellement accompagnées, et celles-ci sont recontactées à J+15, J+30 et J+90 pour mesurer ce que l'accompagnement leur a apporté dans la durée. Sur un sujet où la formation ne se devine pas, cette vérification change la nature du choix.

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Vous n'êtes pas obligé d'arriver avec les mots justes, ni même avec une demande claire. « Je ne sais pas comment dire ça » est une entrée en matière parfaitement recevable, et c'est celle de beaucoup de premiers rendez-vous. Le vocabulaire, la chronologie, ce qui compte vraiment pour vous : tout cela se construit dans les semaines qui suivent, à votre rythme.

Si la difficulté déborde de l'intimité et touche toute la relation, un accompagnement de couple est souvent la bonne porte d'entrée, et rien n'empêche de mener les deux démarches en parallèle. Le tiroir où dort ce bout de papier n'a plus de raison de rester fermé : le rendez-vous que vous imaginiez redoutable ressemble surtout, une fois qu'on y est, à une conversation que personne n'avait encore proposé d'avoir.

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